
projet lauréat EUROPAN 17
pierre, feuille, ciseaux
EUROPAN 17
Fleurance est à l’articulation entre l’espace métropolitain auquel elle se connecte et l’espace rural au sein duquel elle s’insère. Ce territoire se caractérise par une myriade de « villages perchés » en co-visibilités, bâtis sur des sommets de collines. Le paysage ouvert est constitué de grandes parcelles agricoles ouvrant l’horizon et de haies boisées ponctuelles délimitant les parcelles agricoles. Ces villages maillent et structurent le territoire, à l’image de Lectoure, la seconde ville d’influence de cette entité territoriale.
Fleurance se distingue dans ce schéma par sa situation presque unique en fond de vallée qui, si elle lui donne l’opportunité d’être la seule commune du territoire à être au contact d’un cours d’eau, la sort également du schéma établi et lui fait perdre en visibilité et en présence territoriale. Son statut de chef-lieu économique et social, s’il constitue une formidable opportunité, a pour coût des entrées de ville dévastées par des espaces monofonctionnels industriels et pavillonnaires et une population qui ne s’identifie pas directement au monde agraire déployé sur les plateaux.
La requalification de l’ancienne coopérative Gersycoop fournit une opportunité pour proposer un arpentage alternatif du territoire qui, par quelques actions frugales, va permettre de requalifier la perception de la commune dans le grand paysage. Des points de vue en belvédère sont aménagés au sein des coteaux boisées afin de permettre une contemplation de la vallée et de Fleurance dans son écrin naturel. En contrebas, le site de projet est à proximité du lieu où la présence de l’eau se fait le plus sentir : nous pouvons considérer cet espace comme l’opportunité de régénérer des porosités entre espace urbain et cours d’eau au service des Fleurantins et de leurs hôtes de passage. La constitution d’un parc en bord de berges du Gers permet à la fois de rendre sa valeur structurante au cours d’eau et de proposer un parcours alternatif d’entrée de ville plus qualitatif que les voies rapides passant à travers les zones industrielles. Cette intervention doit permettre de reconstituer les couloirs biotiques, enjeu identifié dans le Scot Gascon et d’amplifier la biocénose locale afin de mener à travers un corridor vivant jusqu’aux portes de Fleurance, sur notre site.
Le site de projet devient le lieu d’une démarche constructive exemplaire, un manifeste promouvant la richesse des ressources et des savoir-faire locaux. L’architecture mêlera réemploi et ressources traditionnelles gersoises. Un audit de l’existant a été effectué afin de définir la nature des ressources sur site et l’ampleur des déconstructions envisagées pour chaque bâtiment. Le concept de mine urbaine a ainsi été déployé et correctement phasé afin d’exploiter au mieux le potentiel d’accueil du bâti existant. Un second audit a été effectué afin de définir les ressources locales exploitables dans un rayon de 50km. Le processus de construction fait la part belle à l’économie locale et au soutien des artisans sur le territoire, dans une démarche inclusive mais également pédagogique : la Fleurance de demain sera le hérault de son territoire.
Le bâtiment des silos à grains fait l’objet d’une déconstruction ciblée. Les cloisons des vastes plateaux attenants sont déposées. Les silos secondaires au sein de cette annexe sont également démontés afin de libérer l’espace toute hauteur. Le principe d’intervention sur ce bâtiment est de minimiser l’intervention et de libérer un espace flexible exploitant au maximum le déjà là avec un minimum de retouche. Préservée, l’enveloppe des silos à grains est préparée et partiellement perforée. Certains toits sont également déposés au sommet du silo. Les modes d’accès sont rendus indépendants entre les silos à grains et l’annexe. Le bâtiment latéral côté ouest est entièrement déposé afin de libérer de l’espace public et d’augmenter la végétalisation des sols sur la parcelle. Géré par des artisans issus des plateaux et des experts de la filière du réemploi, l’entrepôt va servir d’espace de préfabrication et de recyclage basé sur un principe participatif de mise en commun des moyens de production. Les silos en plastiques sont démontés et les plaques de toiture en fibrociment, amiantées, sont déposées. Les cuves et élévateurs sont conservées et permettent d’installer les bureaux de réunion de chantier et les espaces administratifs dans les tours. Les sols existants, inclinés, sont retravaillés via des fonds de forme avec sous-couches de graviers élaborés à partir des premières ressources récupérées sur site lors d’opérations de reperméabilisation des sols. La démolition des remplissages intérieurs des voiles entre porteurs libèrent un hangar ouvert sur le reste de l’opération. Il s’agit de la première intervention du phasage afin de libérer progressivement de la place à des espaces vitales pour le chantier. La base vie du chantier croit à mesure que l’espace se libère. Elle est un indicateur de l’intensité du chantier sur l’ensemble de l’opération.
Un principe industriel de marche en avant est mise en œuvre : les matériaux sont récupérés sur les gisements que constituent les bâtis – ou depuis des ressourceries du territoire – puis acheminés au quai logistique en proue du bâtiment. Là, ils sont successivement réceptionnés, triés puis stockés en fonction de leur nature, état et dimension. Les gravats, pierres, tuiles, briques et pavés sont nettoyés puis concassés et tamisés. Les éléments en bois sont nettoyés puis suivent un processus de corroyage avant d’être transformés puis assemblés in situ pour un redéploiement sur site.
Les magasins correspondent à un enchevêtrement d’habitations envahies par des bâtiments industriels. La première étape consiste à démonter les structures « légères » pour éclaircir le cœur d’ilot et le ramener à l’échelle domestique du quartier. Une fois l’enveloppe des hangars démontés, les matériaux hors amiante sont récupérés pour être réemployés / recyclés. Les excroissances en durs sont également démolies (dalles béton, murs en briques) et les gravats sont concassés pour constituer des remblais ou des revêtements de sol finis types graviers. Les couvertures en tuiles refaites constituent une ressource qui sera convoquée dans la mise en place de dispositif énergétiques en façade et dans les aménagements paysager des espaces publics. Le volume démoli constitue un gisement de matériaux pour les phases à venir. Le réemploi est optimisé afin de réduire au maximum les déchets issus du curage qui ne trouveront pas de seconde destination.












les planches

1. Pierre

2. FEUILLE
